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20 On se trouverait donc devant un cheminement textuel repérable, les producteurs impliqués dans les flux internes et externes pouvant être distincts. Ces processus de transposition peuvent être réitérés, l’éloignement d’avec la communauté discursive-source et la non-implication directe des producteurs de connaissances conduisant de la sorte vers la vulgarisation.

21 Il est cependant à souligner que ces flux externes, quel que soit le caractère simplificateur de la description retenue, ne sont pas les seuls observables. En effet, en parallèle aux textes didactiques articulés sur des communautés discursives scientifiques qui relèvent de réorganisations, sélections, reformulations effectuées sur les flux primaires internes et empruntent des formes éditorialement repérables (manuels, cours, introduction à..., traité de...), on peut enregistrer la présence de flux externes directs ou plutôt internes et externes. Le savoir exposé dans ces textes est originel/original mais, même s’il a fait partiellement l’objet de publication interne, il est proposé simultanément, dans son intégralité, et à l’appréciation des pairs de la communauté et à la consommation de lecteurs non-spécialistes. Nous serions ainsi en présence de textes qui échappent à la partition externe/interne puisqu’il s’agit de textes-marchandise publics relevant à part entière des flux textuels internes aux communautés scientifiques. D’un point de vue éditorial, ces textes savants-publics ne se distinguent pas des textes didactiques ou de vulgarisation topologiquement définissables comme tels. Mais la description linguistique des formes de ces textes se doit de prendre en compte cette situation de production ambivalente et de décrire leurs actualisations langagières en fonction de cette double destination qui fait d’eux des produits de la communauté scientifique d’origine et des textes-marchandise destinés à la consommation.

22 Cette configuration des flux externes est particulièrement nette dans le cas de certaines communautés savantes productrices de «sciences humaines». Ainsi les sciences historiques. L’histoire est très largement représentée dans l’activité éditoriale (environ 3000 titres en 1992, sur les 24000 recensés durant l’année, contre 2000 titres à la production romanesque). Le mouvement des «Annales 2 », fondé en 1929, atteint à la notoriété grâce au succès commercial d’un texte savant-public comme: (E.Le Roy Ladurie, Gallimard, Bibliothèque des histoires) qui, en 1975 et en 1976, se vend à 130.000 exemplaires (les textes savants-internes étant tirés en général à 500 exemplaires). Cette hypertrophie des flux externes/internes, non surprenante en histoire où la tradition des historiens-écrivains est aussi ancienne que la discipline elle-même, conduit à brouiller le statut du savoir ainsi diffusé (fondamental? didactique?) et à instaurer une osmose entre histoire savante et histoire «mondaine», comme l’ont à maintes reprises souligné les observateurs des phénomènes éditoriaux. «note P.Lepape 3 , ». Cette ouverture de la communauté scientifique est sans nul doute profitable à certains consommateurs qui voient devenir accessible ce qui était de diffusion restreinte. Mais quelles stratégies d’écriture retiendra le producteur qui veut vendre et ne pas déchoir? Car il est pris dans une double contrainte: assurer la légitimation de ce texte savant-public auprès de ses pairs et répondre aux attentes de son public virtuel.

23 Cette dualité structurelle de ces flux externes d’une communauté scientifique caractérise de manière comparable l’histoire de l’art que nous retiendrons désormais comme objet d’analyse. Il n’entre d’ailleurs pas dans notre propos d’examiner si ces deux communautés sont en relation d’inclusion, cette localisation relative pouvant être déterminée du point de vue de l’objet de recherche (l’art relève-t-il de l’histoire ou de l’esthétique?) tout autant que d’un point de vue institutionnel. Contentons-nous d’enregistrer le fait que cette communauté est complexe (elle est constituée de chercheurs, professeurs, conservateurs, experts.) mais qu’elle a organisé son truchement avec l’extérieur sous la forme attendue de flux didactiques et de vulgarisation, dont un nombre important de textes-marchandise diffusées par des publications périodiques (de Beaux-arts magazine à L’Œil). Ici aussi cependant sont identifiables des textes au statut ambigu, savants et publics, spécialement « les catalogues de musées ou d’exposition [et] les luxueux livres d’art vendus aux 2/3 à la fin de l’année comme cadeaux d’étrennes et dont certains sont des productions scientifiques mais d’autres de simples “beaux livres” (terme utilisé dans l’édition) à feuilleter pour le plaisir des yeux » (Blondel 1989, p.23; voir également Blondel 1994).

3 De retour en Suède en 1779, Thunberg fait une ascension fulgurante à l’université d’Uppsala. En cinq ans, il passe de simple démonstrateur de botanique à titulaire de la chaire de médecine et de botanique – celle de son maître Linné – qu’il occupera pendant quarante-quatre ans, de 1784 à sa mort 2 .

4 Thunberg publie énormément, en suédois et en néo-latin; sa bibliographie comprend près de 580titres 3 . Il s’agit en grande partie de textes scientifiques, descriptions de familles ou d’espèces nouvelles de plantes ou d’insectes selon le système de Linné, mais aussi de textes destinés à un public plus large, un récit de voyage surtout, publié en suédois en quatre volumes de 1788 à 1793. Andreas Önnerfors a étudié en détail la genèse des deux traductions allemandes de ce livre 4 .

5 La diffusion des textes de Thunberg soulève plusieurs questions. Dans quelle langue choisit-il de publier ses ouvrages? En latin? Ou en langue vernaculaire qui nécessite des traductions? Pour celles-ci, dans quelle mesure l’auteur est-il capable de contrôler la version de ses œuvres qui est publiée à l’étranger, et quels rôles respectifs jouent les traducteurs, les rédacteurs et leséditeurs-libraires? Sur le plan textuel, quelles sont les relations entre original et traductions? Trois temps seront abordés dans cette étude: d’abord un aperçu de la diffusion européenne des monographies scientifiques et articles de Thunberg, puis une présentation de celle de son récit de voyage, où nous nous concentrerons sur les versions françaises, et enfin sera évoquée sur une publication japonaise au début du xix e siècle.

6 Le néo-latin demeure vivace dans le domaine de la botanique. C’est dans cette langue que Linné a élaboré sa nomenclature et écrit ses œuvres majeures, et Thunberg suit l’exemple de son maître Chaussures De Sport Pour Les Occasionnels Dété Avec Boucle Pour Femmes K388tsK
. Il rédige en latin sa monographie sur les plantes du Japon, la (1784), publiée stratégiquement à Leipzig pour atteindre le public savant européen, puis – au début du xix siècle! – la consacrée à l’Afrique du Sud, éditée successivement à Uppsala, Copenhague et Stuttgart (1807-1823) 6 . Ces œuvres sont diffusées en Europe sans passer par la traduction.

7 Tantôt en latin, tantôt en suédois, Thunberg écrit des quantités d’articles pour les mémoires de sociétés savantes, réglant le choix de la langue sur la pratique des sociétés auxquelles il s’adresse– par exemple, le suédois pour l’Académie des sciences de Stockholm, mais le latin pour l’Académie Impériale des Sciences de Saint-Pétersbourg. Outre la botanique et la zoologie, les textes touchent aussi l’économie: ainsi une étude sur la production de la cannelle à Ceylan, une autre sur la numismatique (un discours sur les monnaies japonaises), etc. 7 De nombreux articles sont traduits vers d’autres langues: néerlandais, allemand, anglais, français, russe. Quelques exemplesle démontrent:

8 Les Pays-Bas d’abord, avec deux traductions qui s’inscrivent dans un jeu d’échanges entre Thunberg et ses patrons et collègues. L’un des riches collectionneurs d’Amsterdam auxquels le Suédois a envoyé des plantes rares pendant son voyage, Jean Deutz, remercie Thunberg de ses services en le faisant élire membre de la Société des sciences à Haarlem, dont il est directeur. En même temps, Deutz demande au naturaliste Martinus Houttuyn de traduire un article de Thunberg sur les pour les mémoires de la Société de Haarlem. Houttuyn traduit ennéerlandais le manuscrit latin de Thunberg, non sans manifester sonirritation contre son écriture minuscule, et, ainsi, la publicationoriginale a lieu en néerlandais en 1782 8 . Le botaniste suédois, en signe de reconnaissance pour les services de Houttuyn, donne son nom à une plante japonaise, la . Houttuyn, à son tour, remercie Thunberg en le faisant élire membre de la Société des sciences de Vlissingen, et il publie dans les mémoires de cette société une traduction néerlandaise de l’article de Thunberg sur la cannelle, dont l’original avait paru en suédois dans les mémoires de l’Académie des sciences de Stockholm 9 .

9 La Grande-Bretagne ensuite. Dans les mémoires de la Royal Society à Londres, les , on lit en 1780 un article impeccablement imprimé en suédois, un «bref extrait d’un journal tenu par le docteur Thunberg» pendant son voyage et son séjour au Japon; les donnent une traduction anglaise en appendice 10 . Il s’agit d’un texte non spécialisé, un chapelet de détails exotiques sur le Japon: le costume, les coiffures, les parasols… Comment se fait-il que le vénérable périodique britannique publie un article en version originale suédoise avec une traduction anglaise? Encore une fois, les textes s’inscrivent dans un jeu d’échanges au sein des réseaux de Thunberg. Le personnage principal est le naturaliste Joseph Banks, puissant président de la Royal Society. Il est entouré de collaborateurs suédois, Daniel Solander, élève de Linné, et Jonas Dryander, qui a été condisciple de Thunberg à Uppsala. Thunberg voit en Banks un patron potentiel. Il lui rend visite à Londres à son retour du Japon, lui fait la cour, lui envoie des plantes japonaises rarissimes. Banks, de son côté, publie des articles du voyageur dans les . En 1780, les collaborateurs suédois du président de la Royal Society ont dû veiller à l’impression du texte suédois et à la traduction anglaise.

10 Avec la parution de la version anglaise dans les , le petit article de Thunberg sur le Japon est soumis aux mécanismes du marché. Une traduction française dans le , en 1781, est reprise la même année dans l’. Une traduction allemande, fondée elle aussi sur la version anglaise, paraît dans l’almanach de poche de Göttingen pour l’année 1782, imprimé fin 1781 11 . En deux ans, passant du format in-quarto pour les à in-octavo pour les journaux de langue française et in-16 pour l’almanach de Göttingen, les nouvelles de Thunberg sur le Japon atteignent le public anglophone, francophone et germanophone.

11 Thunberg tarde à écrire son récit de voyage, 12 . Le premier tome (1788) relate ses voyages en Europe et en Afrique du Sud, le second (1789) en Afrique du Sud et à Java. En 1791 paraît enfin un volume entièrement consacré au Japon, le troisième tome, quinze ans après la visite de Thunberg. Le quatrième tome, en 1793, comprend la suite de son séjour au Japon et son retour en Europe par Java et Ceylan. Pour les lecteurs européens, l’ouvrage offre donc un attrait majeur: il n’existe pas de description de première main du Japon depuis la visite de l’Allemand Engelbert Kaempfer dans les années 1690 13 . Sur l’empire nippon et sur les autres pays qu’il traverse, Thunberg apporte des observations de tous ordres: botaniques et zoologiques, mais aussi météorologiques, linguistiques, ethnographiques, etc.

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Le récit de voyage de Thunberg, version originale, page de titre: Carl Peter Thunberg, Resa uti Europa, Africa, Asia, Förrättad Åren 1770 – 1779 , vol. 1, Upsala [à compte d’auteur], 1788. Source: Uppsala universitetsbibliotek.

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Alain Grand Bernard
Citoyen attentif.

Je découvrais avec vous vendredi les pseudo révélations de sur une série de ristournes qu’avait faite le géant de l’événementiel GL events à Emmanuel Macron dans le cadre de sa campagne électorale. Le pure player titrait ainsi pompeusement: . L’article, mauvais et racoleur, ne faisait que suivre celui déjà vide du paru quelques semaines auparavant et nous apprenait donc que des remises commerciales de 9 000€ ou 15 000€ avaient eu lieu sur des meetings approchant la centaine de milliers d’euros. La belle affaire.

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Mais la vulgarité ne suffisant pas, nous dégainait hier un autre article putassier en réponse aux précisions apportées par l’entreprise d’événementiel et par l’Elysée: .

Ah j’imagine déjà l’effervescence au sein de la rédaction de , où chacun devait avoir l’impression de porter son plus bel habit de justicier et de révéler aux Français l’énorme scandale de ce qui constituerait peut-être des dons déguisés!

Voyez-vous: le patron de GL events est un ami intime de Gérard Collomb, lui-même proche de chez proche de l’actuel président. Il aurait donc accordé des ristournes à Macron et pas à Hamon et Fillon parce qu’il savait déjà que Macron serait élu président en juillet 2016 alors qu’il n’était pas candidat et que cela lui permettait ensuite d’avoir des contrats à l’Elysée. Génie. Sauf que c’est évidemment du grand n’importe quoi.

Un travail journalistique très léger

Déjà, dans aucun des articles de ni d’ailleurs dans celui du sur le sujet, n’est rappelé ce qu’est GL events. Ce n’est pas la petite PME du coin! C’est notre champion français de l’événementiel, une de nos rares entreprises nationales qui peut organiser ces événements gigantesques que sont les meetings, où il faut des décors, des écrans géants mais surtout une technique digne d’un concert de Madonna côté son et image. Cela, très peu de boites peuvent l’accomplir et il n’y a donc rien d’étonnant à ce que GL events ait accompagné la plupart des candidats durant la présidentielle et qu’il soit encore aujourd’hui prestataire à l’Elysée, comme il l’était d’ailleurs sous Hollande.

Ensuite, dire que le patron de GL events est un intime de Collomb et que donc il servirait les intérêts du président, c’est aller un peu vite en besogne: il est autant intime de Collomb qu’il ne l’est de Wauquiez. Par ailleurs, il n’a jamais caché le fait d’avoir voté à la primaire de la droite, votant en plus pour Nicolas Sarkozy qui ne portait pas vraiment, vous en conviendrez, les mêmes idées que Macron. En tant que chef d’entreprise, il fait un travail de réseaux auprès de tous les élus, mais pas pour faire de la politique, bien pour faire du business et n’avait donc aucun intérêt à favoriser tel ou tel candidat. Enfin, et c’est bien plus grave, c’est que s’appuie sur deux révélations qui n’en sont pas concernant des ristournes et une différence de facturation entre candidats.

D’abord les ristournes: qui a déjà loué une salle savent qu’elles sont tout à fait normales. Dans le devis qu’on trouve sur correspondant au meeting de la Mutualité en juillet 2016, on trouve une série de prestations dont certaines oui sont offertes. Mais en aucun cas la prestation globale est gratuite (ce qui aurait d’ailleurs été illégal) et le devis reste conséquent. Ce sont des ristournes exactement dans le même esprit que quand votre garagiste vous dit «non ça c’est pour moi Monsieur X». Les ristournes sont des choses classiques en événementiel, elles sont le fruit, comme l’expliquait le communiqué de GL events, de négociations entre le client et le prestataire et dépendent également de la date de l’événement pour servir, comme dans l’hôtellerie par exemple, de produit d’appel.

Et c’est là la deuxième entourloupe de qui veut nous faire croire qu’une location de plusieurs salles à la Mutualité en juillet 2016 pour Macron (où il y a peu de concurrence, c’est l’été) et en janvier et février 2017 pour Fillon et Hamon (en plein cœur de la campagne et en pleine saison) constituerait une prestation identique! Mais où est dans l’article le professionnel qu’il aurait fallu interroger et qui aurait expliqué encore bien mieux que moi cette fumisterie? Par ailleurs, au-delà même de la date, les devis présentés par montrent qu’en plus les prestations n’ont strictement rien à voir puisqu’il n’y pas le même nombre de salles louées ni même le même matériel technique. La seule chose que démontreraient à la limite ces articles racoleurs, c’est que les équipes Macron savaient mieux négocier que celles d’Hamon et de Fillon.

Pourquoi ces articles?

Ce travail bâclé de la part de révèle le travers profond de son fondateur Edwy Plénel pour la barbouzerie journalistique qu’il pratiquait déjà du temps où il était directeur du . Derrière la très belle aspiration à l’investigation, au refus de se laisser intimider par les puissants et le souci de l’indépendance ( ne dépend pas d’un actionnaire principal milliardaire), se cache malheureusement trop souvent la volonté politique et l’égo, disons-le, du célèbre journaliste moustachu.

Se cache aussi la terrible concurrence entre ces médias pratiquant la culture du scoop qui fait peser une pression énorme sur les journalistes. Le ayant sorti une première fois la supposée affaire GL events, il était hors de question pour de se laisser distancer dans cette course à celui qui trouverait le premier quelque chose à reprocher à Emmanuel Macron. Le candidat et le désormais président étant irréprochable, la seule chose croustillante était donc ces accusations bidons qui n’ont fait que révéler ce qu’est une négociation commerciale normale entre un client et un prestataire. Comme le disait Chirac, ça fait pschiit.

J’ai écrit cet article, je dois vous l’avouer, assez énervé. Tout simplement parce que nous avons besoin d’une presse de qualité, peut-être même encore plus aujourd’hui à l’heure des Fake news qui constituent bien plus que de simples rumeurs mais de véritables entreprises de déstabilisation de nos démocraties par des forces étrangères, la Russie notamment. Quand sort les affaires libyennes de Sarkozy ou le compte caché de Cahuzac en Suisse, je ne peux qu’applaudir. Quand le journal sort l’énorme scandale des là aussi je ne peux que saluer ce qui fait avancer la vérité et donc la démocratie. Ces révélations sont toutes le fruit d’un travail poussé, incroyablement précis, long, déontologiquement irréprochable et donc d’une totale fiabilité. Nous avons besoin de cela.

Mais quand un journaliste en mal de scoop, encouragé parfois par son rédacteur en chef, salit le média dans lequel il travaille, c’est à la fois révoltant moralement mais aussi totalement dangereux parce que cela met directement en cause la crédibilité de ce support. Et c’est exactement ce qu’il s’est passé avec cette non-affaire sur la campagne Macron.

Ristournes sur la campagne Macron: le grand n’importe quoi de

[…] c’est de la nuit où je me suis mis à répéter, et je ne sais pourquoi j’avais pris ce moment: «Il faut que je veuille guérir, il faut que je veuille guérir…» Alors j’ai renoncé aux images et aux histoires que je me trouvais et j’ai couvert d’inscriptions le mur qui est en face de moi Marco Tozzi Bottines Gris lgbTF
.

14 Ces inscriptions se fortifient les unes les autres: «Je suis clair», «J’ai mille amis avec moi», «Je suis guéri comme 2 et 2 font 4»… Leur force d’antécédence, le «déjà» des phrases bien formées, en fait des vérités à rejoindre, où transformer sa propre circonstance. «Du dehors, note Paulhan, bobards sur la convalescence. Mais non, bobards excitants [] à se créer au-dedans, Chaussons Bleu Lacoste Toboggan L30 xYkugh4m
.» Paulhan a transformé cet épisode en un bref récit, ; on y retrouve le même cheminement de pensée, la même énergie (exorbitante, sans doute) d’un usage des phrases et d’une progression en soi-même vers elles–comme ces «progrès en amour assez lents» et ces «récits utiles d’amour» dont il a fait une autre nouvelle.

15 Les phrases disposées au-devant, placées à l’horizon de la conscience d’un individu, lui font ainsi créer à l’intérieur de soi-même un «état de joie en avant», elles lui impriment leur force de directionnalité et d’antécédence. Le projet, ici, est déjà le fait; la phrase vient trouver un interlocuteur qui se trouvait prêt, un individu qui ne suivrait pas tel ou tel mot «s’il n’était en quelque façon embarrassé de lui–et ne le pouvant pas plus retirer que ce pion que l’on vient de placer, au jeu d’échecs, dans une position menaçante à la fois et périlleuse Ankleboot Naturläufer Floral Noir QFMVDknWKf
». Dans ce mouvement non seulement celui qui parle est appelé à rejoindre une phrase (au cœur d’un artifice dont il a conscience, dira Paulhan) mais donc aussi à s’y «continuer», à comprendre qu’il ne s’est pas simplement altéré dans une phrase forcée, mais poursuivi lui-même, rejoint dialectiquement et rétrospectivement:

C’est où, disant le proverbe sans rencontrer du premier coup la vive adhésion que plus ou moins confusément j’attendais, je reviens sur mes paroles, je les recommence, je tâche de montrer que «c’était bien ça». Je me justifie, après coup, ou plutôt je me continue – non pas peut-être sans artifice, ni conscience 18 .

Se poursuivre, se rejoindre, se recommencer, ce sont d’ailleurs les étonnants soulèvements de soi-même qui scandent l’hommage à Rivière que Paulhan donna en 1925-1926.

16 Ces événements de langage sont d’une couleur très singulière, et très déroutante. Mais ils me semblent correspondre à une sensation commune, celle qu’il nous arrive souvent d’éprouver devant les phrases que l’on lit. Ils peuvent par conséquent nous aider à regarder sous un jour un peu nouveau le va-et-vient entre l’existence et les formes qui survient pendant la lecture –le préfacier des récentes prétend qu’on peut «devenir fou en lisant Paulhan, amoureux ou bien lecteur»–, ces «sortes d’événements qui regardent tout le monde 19 ». J’aimerais en effet mettre au premier plan, en le transposant à l’expérience de la lecture (et pourquoi pas à l’expérience esthétique en général), ce mouvement de soulèvement intérieur du lecteur vers les phrases que lui présentent les livres, ce mouvement qui est une forme particulière de possibilisation de soi. Je crois en effet que les phrases que nous lisons sont, à l’intérieur de nous, dans l’attente d’une semblable adéquation, d’un semblable devenirvrai: dans l’attente que nous les fassions advenir non seulement comme sens mais comme intention et comme vérité, que nous les rejoignions à l’intérieur de nous-mêmes, ou que nous les y contestions. Comme les proverbes de Paulhan, les phrases cherchent en nous leur lieu de résonnance; voilà une inversion du rapport d’application de la fiction au réel: les lectures dérivent en nous, disponibles à ce que le réel fasse d’elles un accès; elles ne «s’appliquent» pas au réel pour le recouvrir , mais prennent sens en situation. Un aller-et-retour s’instaure dans la lecture entre le donné d’une forme et ce que l’on parvient à en faire dans sa propre vie, en la mettant en phase avec une nouvelle réalité et avec une autre circonstance.

17 Qu’est-ce qui justifie, au fond, ce mouvement dialectique dont l’énigme a tenu Paulhan toute sa vie, et que j’aimerais placer au cœur de l’acte de lecture? C’est ce que l’on pourrait appeler «l’avance» des formes: la marque de l’antécédence qui touche tout style, son avance perpétuelle sur celui qui l’a risqué (dont il dépasse l’intention), et sur celui qui le reçoit Melvin amp; Hamilton Martin 1 Hommes Chaussures Derby DGTDod9
. L’expression est toujours en excès, placée un peu en avant de celui qui parle et, bien sûr, de celui qui écoute. On n’«exprime» pas seulement une intériorité (qui viendrait du dedans, passerait le seuil d’un corps, et trouverait à se dire) dans une phrase, on rejoint quelque chose au dehors; les phrases déjà formées par la littérature peuvent offrir ce dehors; elles désignent nos possibles non parce qu’elles nous exprimeraient, mais justement parce qu’elles nous portent un peu plus loin.

18 Les livres ont en effet eux aussi «un air d’ancienneté Claudia Baskets Noires Ghizzani SPgUi
», cet air d’avoir été là avant nous en venant de quelqu’un d’autre. La précédence, le «déjà» des livres, cette inscription profonde de l’autre –nécessairement ancien– en moi, est à la source d’une émotion particulière dont le roman de Proust, par exemple nous rend souvent familiers: les formes artistiques avec lesquelles Marcel est en lutte ont la force de lui préexister, mais aussi, partant, de le guider, et de le guider en lui-même dès le moment de la lecture; il doit à la fois s’orienter en elles et s’orienter sur elles, «suivre un écrivain dans sa phrase», et prolonger cette phrase en s’incorporant sa force d’avancée. Sa force d’avancée, c’est-à-dire sa capacité «prophétique», comme ne craint pas de le dire Proust: la puissance selon laquelle le livre a risqué une forme, et par là proposé une direction. Le moment esthétique est l’ouverture de ce décalage qui pourra trouver plus tard son emploi. Le sentiment de prophétie n’émousse pas la nouveauté de ce qui est à vivre, il est simplement l’écho affectif, le retentissement intérieur de cette que les phrases littéraires ont par définition sur nous, de leur excès dont les circonstances de la vie nous permettront ou pas de «rattraper» l’énergie et la novation.

19 C’est pourquoi je comparerais volontiers l’expérience de lecture à cette énergie de la phrase paulhanienne, phrase à transformations, «tournée en chose, à la fois simplifiée et prête à être appliquée 22 », qui tire de la nécessité même de procéder à ces transformations le plus clair de son influence. Ce que je lis, en effet, n’est pas ce qui m’indique une conduite à imiter, un destin dans lequel me projeter, comme si je me confiais à une tout autre existentialité, mais ce qui me ressemble «déjà» en se plaçant au-devant de moi, ce qui m’appelle un peu au-delà de moi-même, exige ma coopération, requérant de moi un effort contre moi. Il ne s’agit pas exactement de l’espoir d’être précédé par un idéal, du bonheur d’être conduit par un type, de l’illusion butée d’un bovarysme des sentences, mais de se reconnaître 23 . Car ces phrases sont des continuations de soi placées au-devant, autrement dit un soi déjà possible; l’acte de lire nous les fait éprouver comme telles, et immédiatement. En cela, la pulsion de reconnaissance de soi dans la lecture est aussi une reconnaissance par anticipation: cette singularité dans quoi je me retrouve, peut-être suis-je en train de l’inventer; il faudra que je la ­rejoigne, et que je m’y rejoigne; c’est moi hors de moi–parce que j’y suis déjà et que je m’y reconnais, parce que je vais le devenir, ou simplement parce que je veux le devenir. Le possible, celui qui surgit dans la lecture comme l’image d’une vie pour le lecteur, est peut-être cela: la représentation d’un que l’on se donne sur-le-champ pour s’y rejoindre, pour y rejoindre sa propre puissance d’être. Le goût du possible n’y est pas l’identification du «soi» à une destinée autre (l’aliénation, l’oubli du présent, l’abandon à une identification butée ou une multiplicité illusoire), mais une sorte de soulèvement de soi par soi, de différenciation de soi-même placée en avant de soi-même, de projection de soi dans l’appropriation rétrospective de mots communs et de cadres nouveaux. Il suppose un va-et-vient permanent entre le donné (la phrase proposée, qui par définition emporte un peu plus loin et anticipe ce qu’elle est déjà) et ce qui est à inventer; ce qui est en avant de moi est tout ensemble passé et futur, déjà vu et . Il ne dépend que de moi de le faire, comme le proverbe, «exact, précis, encourageant Kickers Bottes Femmes Ameriko ukm9O4jl
».

20 Les phrases de romans, comme celles de Paulhan, viennent d’avant et d’autrui, mais le lecteur les place donc devant lui, à l’horizon actif de sa propre parole et de ce qu’il a à vivre. Le mouvement permanent de la lecture me paraît être cet effort dialectique de poursuite de soi et d’altération de soi que nous effectuons à chaque instant avec les phrases, effort vers les mots que la lecture, comme simple acte d’actualisation linguistique et mentale, a déjà dû réaliser en nous: étonnés devant ces phrases comme devant notre propre parole, ce que nous avançons nous dépasse, nous devance, et nous devons le rejoindre après coup (c’est dans ce mouvement de poursuite que l’éthique de la parole de Paulhan se dissocie des surprises reconnues par le surréalisme ou la psychanalyse). La considération des «possibles» ouverts par la rencontre avec une fiction s’en trouve peut-être déplacée, car la nature même de la phrase est ici essentielle: «La littérature est faite de phrases qui se donnent pour ce qu’elles sont. La fiction montre en toute clarté comment les phrases, en disant quelque chose, font quelque chose Femmes Rouges Glissent Vatjgm
.» Les possibles auxquels la lecture romanesque nous disposent ne sont pas forcément des conduites, des choix de contenus, des descriptions de destinées, de caractères ou de modalités d’action; mais, souvent, des allures phrastiques, ce que Barthes appellera des «airs syntaxiques». Sartre par exemple avait sa phrase préférée (d’ailleurs elle est fausse) extraite du : «Tant qu’il put voir le clocher de Verrières, souvent Julien se retourna…»; cette phrase lui donnait l’impulsion régulière d’une simple attitude temporelle et le désir de faire, comme il le dit dans ses de guerre, «un petit tour dans l’avenir» afin de se retourner sur son jeune destin et de hocher la tête…

21 La dimension de la phrase, en fait, est l’échelle-même de notre attention dans la lecture; ce n’est pas seulement une fois le livre refermé que nous revenons à nous-mêmes, c’est phrase après phrase que nous acquiesçons ou protestons, que nous nous projetons dans une situation de langage ou que nous nous en détachons, que nous réglons la distance avec le livre, bref, que nous nous orientons (grâce au défilé des formes extérieures) dans nos propres potentialités. Soulignons cette immédiateté de la remobilisation, l’immédiateté de l’évaluation vitale du sens et de l’application de ce sens à soi, c’est-à-dire l’élargissement à toute la lecture de cette «refiguration» que Ricœur ne plaçait qu’au terme du processus mimétique. La possibilisation de soi n’est pas seulement l’aboutissement postérieur, mais le moteur continu de la lecture, des décisions qui l’animent pas à pas, de sa dialectique finement rythmée.

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